Haïti et l’Ingérence Étrangère : Un Phénomène Normalisé Par Les Élites Politiques

Si les pères fondateurs de la Nation Haïtienne ont fait de la Souveraineté un principe sacro-saint, on ne peut pas en dire autant des éléments de la classe politique haïtienne plus de deux siècles plus tard. L’ingérence étrangère dans la vie politique haïtienne, bien qu’anormale, est vécue comme une normalité pour ces politiciens de tous poils qui ne jurent que par la soumission aux diktats des étrangers, même les plus insignifiants. Comment en deux siècles, a-t-on pu passer des défenseurs farouches de la souveraineté a des dirigeants amoureux de leur vassalité aux dirigeants étrangers?

Fouye Rasin Nou, le 17 mars 2025_ Juridiquement indépendante depuis 1804, Haïti voit sa souveraineté bafouée depuis des dizaines d’années. Loin de se rebeller face à cet état de fait, les hommes politiques ne semblent même pas conscients et semblent même solliciter l’ingérence étrangère.

Les Causes de l’ingérence

L’ingérence étrangère n’est pas le fruit du hasard. Au regard de l’histoire du pays, on peut relever des causes tant externes qu’internes à cette situation.

Tout d’abord, l’ingérence étrangère dans les affaires politiques haïtiennes répond à des impératifs de domination. En effet, les puissances étrangères, en voulant infiltrer la politique haïtienne veulent tout bonnement l’influencer a leurs avantages et lui faire servir leurs propres intérêts économiques et géopolitiques. A preuve, l’occupation américaine d’Haïtien 1915 visait à évincer les intérêts européens (particulièrement allemands) en Haïti et à consolider ceux des industriels et financiers américains. Par ailleurs, sur le plan géopolitique, Haïti devenait leur « back yard » et un espace stratégique par rapport à sa position proche du Canal de Panama. Autre exemple frappant : Dans la guerre civile de 1888-1889, la France était ouvertement en faveur du général Légitime, tandis que les États-Unis d’Amérique soutenaient fermement le général Hyppolite au Cap-Haïtien. Chacun voulait protéger les intérêts financiers de leurs ressortissants en Haïti.

Par ailleurs, l’une des causes et non des moindres est la soif de pouvoir démesurée des élites politiques haïtiennes. En effet, avides de pouvoir, ils sont prêts a tout pour prendre ou conserver le pouvoir au mépris même de la Constitution ou de la Souveraineté nationale. Des faits historiques en témoignent. Le premier est le bombardement de la ville du Cap-Haïtien le 9 novembre 1865 par le Bulldog, un bateau du gouvernement anglais à bord duquel se trouvait personnellement le consul anglais Spencer Saint-John, Cette intervention est survenue à la demande du président Fabre Nicolas Geffrard, qui voulait faire taire l’opposition dans la région qui avait elle-même fait appel aux Américains pour prendre le pouvoir.

Plus récemment, pour retourner au pouvoir en 1994, l’ex-président Jean Bertrand Aristide avait sollicité l’intervention de l’armée américaine pour une deuxième occupation du pays. Puis, en 2004, c’est autour de l’opposition de demander l’appui des Français et des Américains pour évincer Aristide du pouvoir. La dernière en date, est l’appel fait à la CARICOM pour mettre en place un gouvernement en Haïti, en dehors des prescrits de la constitution.

L’ingérence vécue comme une normalité

Cependant, ce qui frappe le plus dans le cas haïtien n’est pas l’ingérence en elle-même mais l’attitude servile des politiciens haïtiens face à la situation. En effet, ces dernières années, force est de constater que les politiciens le vivent comme un fait normal et s’y accommodent sans aucune gêne. Comme l’a si bien dit l’éminent professeur Lesly François Manigat dans une interview accordée en 1999 a Télémax : « L’étranger n’a même pas besoin de donner un diktat a nos dirigeants actuels, ils sollicitent les décisions étrangères. Il y a une volonté d’être esclaves! Le président de la République va à une ambassade pour recevoir des injonctions. Ce n’est pas la dépendance qui explique cela. C’est l`atavisme de l’esclavage colonial qu’on retrouve dans le comportement de certains haïtiens ».

A preuve, le plus grand bilan dont se vante le leader du SDP (secteur démocratique et populaire) André Michel est d’avoir demandé lintervention de la force multinationale en Haïti qui jusquà date n’a rien résolu comme problème de sécurité en Haïti. Autre fait marquant, à chaque problème, les secteurs politiques haïtiens s’adressent à la CARICOM et à l’ambassade américaine pour leur imposer une solution. Par exemple, pour dénoncer le CPT, le parti EDE de l’ex-premier ministre Claude Joseph, l’accord du 21 Décembre d’André Michel et le collectif du 30 janvier représenté par Liné Balthasar demandent à la CARICOM et aux États- Unis de prendre une décision au lieu de manifester dans les rues ou de forcer eux-mêmes le pouvoir à agir.

Même la République dominicaine qui, autrefois, sollicitait et même implorait l’aide d’Haïti a une certaine époque influence les décisions haïtiennes et le comportement des dirigeants actuels.

Ces politiciens de tous horizons ne se soucient même pas ou ne sont même pas conscients du concept de la souveraineté nationale et vivent l’ingérence internationale comme un fait normal.

Bref, en deux siècles, le pays aura passé d’un pays souverain a un pays dépendant et d’une élite politique intrépide a une élite vassalisée et avide de pouvoir et de richesses au grand dam de la population.

Domond Willington/ Fouye Rasin Nou (FRN)

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