Haïti : Un an d’échec total pour le Conseil présidentiel de transition

Fouye Rasin Nou, le 3 avril 2025: Un accord politique fut signé le 3 avril 2024 entre différentes factions en Haïti pour mettre en place un Conseil présidentiel de transition (CPT) de neuf membres, en remplacement du gouvernement d’Ariel Henry, contraint de quitter le pouvoir après un coup de force des gangs armés. Un an plus tard, la situation sécuritaire s’est encore dégradée sous le regard passif des membres du CPT, dont la mission principale était pourtant de rétablir la sécurité dans le pays.

Une transition dictée de l’extérieur

Incapables de s’accorder sur une solution nationale, les groupements politiques haïtiens se sont tournés vers la Caricom et les États-Unis, qui leur ont imposé une formule de gouvernance. Un conseil présidentiel de neuf membres a été mis en place avec le pouvoir de nommer un Premier ministre, à condition que tous les signataires acceptent le déploiement d’une force multinationale dirigée par des policiers kényans.

Le 3 avril 2024, plusieurs groupements politiques signent cet accord, établissant ainsi les bases de la nouvelle structure censée gouverner Haïti. Ce document prévoit une feuille de route dont l’élément central est le rétablissement de la sécurité. Garry Conille, nommé Premier ministre, avait promis de récupérer les territoires perdus aux mains des gangs, “kay pa kay, quartier par quartier”.

Un an plus tard, où en sommes-nous ?

Une aggravation dramatique de la situation sécuritaire

Le constat est sans appel. Après une année au pouvoir, la situation sécuritaire ne s’est guère améliorée. Si, en 2024, environ 80 % de la capitale haïtienne était sous le contrôle des gangs, ce chiffre est désormais estimé à plus de 90 %. Pire encore, les gangs étendent leur emprise sur d’autres villes de province, comme Mirebalais et Léogâne, tandis que la population civile est livrée à elle-même.

L’ampleur de la crise humanitaire est alarmante : l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 1 041 229 déplacés internes en Haïti, un chiffre publié dans un rapport du 14 janvier 2025.

Même l’État haïtien fuit les violences. Le Palais national n’a jamais été occupé par les membres du CPT, qui ont préféré s’installer à la Villa d’Accueil, à Musseau. Plusieurs bâtiments publics ont été abandonnés et le personnel relocalisé dans d’autres communes. Par exemple, le tribunal de première instance de Port-au-Prince se trouve désormais à Delmas.

Un pouvoir instable : deux présidents, deux Premiers ministres et deux chefs de la police en 12 mois

L’un des faits marquants de cette année est l’instabilité politique. À mesure que la présidence tournante du CPT change de main, le poste de Premier ministre suit le même schéma.
• Edgard Leblanc Fils était le premier coordonnateur du CPT, avec Garry Conille comme chef du gouvernement.
• Lorsque Lesly Voltaire a pris la tête du CPT, Conille a été remplacé par Didier Fils-Aimé.
• Le même scénario s’est reproduit à la tête de la police : Frantz Elbé a été remplacé par Rameau Normil.

Ces changements successifs n’ont produit aucun résultat concret. Les institutions du pays sont en état de mort clinique, et la situation ne fait qu’empirer, tandis que les dirigeants multiplient les promesses creuses.

Des scandales à répétition

L’année du CPT a aussi été marquée par une succession de scandales et de luttes internes.
• Scandale de corruption : Trois conseillers-présidents, Emmanuel Vertiliaire, Smith Augustin et Louis Gérald Gilles, ont été accusés d’avoir tenté de détourner 100 millions de gourdes de la BNC à leur profit.
• Luttes intestines : Dès le départ, des tensions éclatent entre le Premier ministre Garry Conille et les membres du CPT, ces derniers l’accusant d’avoir accaparé les ministères régaliens. Résultat : Conille est évincé.
• Dissensions au sein de la PNH : Son remplaçant, Alix Didier Fils-Aimé, a tenté d’apaiser le climat en redistribuant les ministères aux membres du CPT. Mais il a, à son tour, été confronté à Rameau Normil, le nouveau directeur général de la PNH. Ces tensions se sont traduites par des querelles dans la gestion des opérations de police et la création d’une task force par la Primature, sans implication de la direction de la PNH. Résultat : deux chaînes de commandement au sein de la police, avec pour conséquence une inefficacité totale dans la lutte contre les gangs.

Un échec total

Finalement, le CPT et son gouvernement se seront distingués davantage par leurs divisions et scandales que par des résultats concrets.
• Aucune avancée diplomatique : l’isolement du pays persiste.
• Aucune amélioration économique : la crise s’aggrave.
• Aucune avancée sécuritaire : le territoire est livré aux gangs.

Un an après, leur incompétence est évidente. Ce Conseil présidentiel de transition n’a servi à rien, si ce n’est à enrichir ses membres, au détriment d’une population abandonnée à son sort.

Encore une fois, l’incompétence des hommes politiques haïtiens aura fait ses preuves.

Domond Willington / Fouye Rasin Nou (FRN)

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