Manchester City reconnu coupable de 114 des 115 chefs d’accusation : une affaire financière qui pourrait bouleverser le football anglais

 

 

 

Par la rédaction de Fouye Rasin Nou, 29 septembre 2026

Le football anglais vient de connaître l’un de ses épisodes disciplinaires les plus importants. Après plusieurs années d’enquête et une procédure judiciaire particulièrement complexe, une commission indépendante de la Premier League a conclu que Manchester City avait enfreint les règles financières de la compétition sur une période de neuf saisons.

Selon le décompte rapporté par Reuters et plusieurs médias britanniques, le club a été reconnu coupable de 114 des 115 griefs examinés. La décision concerne principalement les saisons 2009/10 à 2017/18, tandis que les griefs relatifs à la coopération avec l’enquête couvrent une période allant de décembre 2018 jusqu’aux années suivantes. Reuters

Il est toutefois essentiel de préciser un point : Manchester City n’a pas encore reçu sa sanction définitive. Le club annonce déjà son intention de faire appel et dispose jusqu’au 2 octobre 2026 pour engager cette procédure.

Une enquête qui remonte à près de huit ans

Cette affaire ne commence pas en 2026.

En novembre 2018, des documents issus de l’enquête dite Football Leaks, publiés par le magazine allemand Der Spiegel, ont déclenché une nouvelle vague de questions concernant les finances de Manchester City. Les documents faisaient notamment état de contrats de sponsoring dont les montants auraient été artificiellement gonflés afin d’aider le club à respecter les règles du fair-play financier. euronews

La Premier League a ensuite ouvert sa propre enquête. Après plusieurs années d’investigations, elle a finalement saisi une commission indépendante en février 2023, en dénonçant plus de 100 violations présumées des règles financières, ainsi que des manquements dans la coopération du club avec l’enquête. Premier League

Les accusations ne portaient donc pas sur une seule opération, mais sur un ensemble de pratiques financières et réglementaires s’étendant sur plusieurs saisons.

Que reprochait précisément la Premier League à Manchester City ?

Les accusations formulées en 2023 étaient regroupées autour de plusieurs grandes catégories.

1. Des informations financières considérées comme inexactes

Pour chacune des saisons allant de 2009/10 à 2017/18, la Premier League accusait Manchester City de ne pas avoir fourni des informations financières donnant une image exacte de sa situation.

Ces accusations concernaient notamment les revenus commerciaux, les contrats de sponsoring, les parties liées et les coûts d’exploitation. Premier League

La nouvelle décision de la commission indépendante va dans le sens de ces accusations. Selon la Premier League, Manchester City aurait utilisé des contrats commerciaux qualifiés de « sham contracts », autrement dit des contrats ne reflétant pas la réalité économique des accords conclus.

La commission a estimé que certains partenaires commerciaux ne payaient qu’une partie des montants officiellement enregistrés et que le reste était fourni par Abu Dhabi United Group Investment & Development Ltd (ADUG), lié au propriétaire du club.

2. Des mécanismes visant à gonfler les revenus et à réduire les coûts

C’est probablement l’un des éléments les plus importants de la décision.

Selon les conclusions rendues publiques par la Premier League, les mécanismes examinés auraient eu pour effet de faire apparaître des revenus commerciaux plus importants et des coûts plus faibles que ceux correspondant à la réalité, donnant ainsi l’apparence que Manchester City respectait les règles financières en vigueur. Reuters

Reuters rapporte que la commission estime que ces dispositifs ont artificiellement augmenté les revenus et diminué les coûts de plus de 900 millions de livres sterling sur la période concernée. Reuters

Il s’agit d’un montant considérable dans une affaire de réglementation sportive, même si la manière exacte dont ce chiffre doit être interprétée relève des conclusions détaillées de la commission et de ses annexes.

Des contrats de sponsoring au cœur du dossier

Le fonctionnement décrit par la Premier League repose notamment sur des accords commerciaux conclus avec plusieurs partenaires.

Selon les conclusions de la commission, une partie des sommes présentées comme des revenus de sponsoring aurait en réalité été financée directement ou indirectement par le groupe lié au propriétaire du club. Reuters

Le problème réglementaire ne réside donc pas simplement dans le fait qu’un propriétaire investisse de l’argent dans son club.

Un propriétaire peut évidemment financer son club dans les limites prévues par les règles applicables.

La question centrale était plutôt de savoir comment ces financements étaient enregistrés et présentés aux autorités du football, notamment lorsque les règles limitaient les dépenses ou imposaient certaines conditions concernant les revenus et les pertes.

La Premier League affirme aujourd’hui que ces mécanismes avaient pour objectif de contourner ces limites.

Manchester City rejette catégoriquement cette interprétation. Le directeur général Ferran Soriano aurait notamment affirmé que l’affaire repose, selon le club, sur l’accusation selon laquelle l’argent personnel des propriétaires aurait été injecté secrètement via certains sponsors d’Abou Dhabi. Le club considère cette accusation comme fausse et affirme disposer d’éléments qu’il qualifie d’irréfutables.

Les salaires du manager et des joueurs également concernés

L’affaire ne concernait pas uniquement les contrats commerciaux.

Dans sa mise en accusation de 2023, la Premier League reprochait également au club de ne pas avoir communiqué l’intégralité des rémunérations de certains entraîneurs et joueurs dans les contrats concernés.

Les règles citées par la Premier League couvraient notamment les rémunérations des entraîneurs entre les saisons 2009/10 et 2012/13, ainsi que celles des joueurs entre 2010/11 et 2015/16. Premier League

Cette partie du dossier a nourri les discussions autour d’anciens contrats et arrangements liés notamment à la période de Roberto Mancini.

Mais il faut être précis : les différentes accusations doivent être distinguées des interprétations médiatiques faites autour de certains contrats individuels. La décision officielle porte sur les violations des règles du championnat, et non simplement sur la présence ou l’absence d’un élément dans un contrat particulier.

Manchester City aurait également dépassé les limites de dépenses

Une autre partie fondamentale du dossier concerne les règles financières de la Premier League et celles de l’UEFA.

Dans son annonce de février 2023, la Premier League avait accusé Manchester City d’avoir violé les règles liées aux réglementations financières de l’UEFA entre 2013/14 et 2017/18, ainsi que les règles de Profitability and Sustainability de la Premier League pour les saisons concernées. Premier League

La nouvelle commission estime que, si les informations financières avaient été présentées correctement, Manchester City aurait dépassé « de manière très substantielle » les limites de dépenses de la Premier League et de l’UEFA. Reuters

C’est précisément ce qui donne à cette affaire une dimension particulière.

Les règles financières ont été mises en place afin d’empêcher les clubs de dépenser à des niveaux qui ne seraient pas soutenus par leurs revenus et leur situation financière.

La question posée par cette affaire est donc fondamentale : un club peut-il présenter comme des revenus commerciaux des sommes qui seraient en réalité liées au financement de son propriétaire ?

C’est l’un des points auxquels la procédure d’appel devra notamment s’intéresser.

Le conflit avec l’UEFA en 2020 : un précédent important

Manchester City avait déjà été sanctionné par l’UEFA en 2020.

À l’époque, la chambre adjudicatrice de l’UEFA avait conclu que le club avait gravement enfreint certaines règles concernant ses revenus de sponsoring et les informations financières communiquées dans le cadre du fair-play financier. Elle avait imposé une exclusion de deux saisons des compétitions européennes ainsi qu’une amende de 30 millions d’euros. UEFA.com

Manchester City avait fait appel devant le Tribunal arbitral du sport, le TAS/CAS.

En juillet 2020, le TAS a annulé l’exclusion des compétitions européennes et réduit l’amende à 10 millions d’euros. Le tribunal a notamment expliqué que plusieurs accusations n’étaient pas suffisamment établies ou étaient prescrites au regard du délai prévu par les règles de l’UEFA. Il a néanmoins retenu un manquement du club à son obligation de coopération. TAS/CAS

Ce précédent est important, mais le dossier actuel de la Premier League est une procédure distincte.

 

Une enquête extrêmement longue

La procédure de la Premier League s’est distinguée par sa durée et son volume.

Le dossier a été officiellement transmis à une commission indépendante en février 2023. L’audience devant cette commission s’est déroulée sur plusieurs semaines en 2024, avant que la décision ne soit rendue publique en septembre 2026. Reuters rapporte que l’audience a duré 42 jours. Reuters

La Premier League décrit désormais cette décision comme l’une des plus importantes de son histoire.

Richard Masters, directeur général de la Premier League, a déclaré que le dossier et la décision constituaient l’affaire la plus significative jamais traitée par la compétition, tout en soulignant que plusieurs éléments restent encore à régler, notamment la sanction. Reuters

Manchester City rejette la décision et prépare sa défense

Manchester City ne reconnaît pas les conclusions de la commission.

Dans un communiqué publié après la décision, le club s’est déclaré « déçu et surpris » et affirme être innocent des accusations formulées par la Premier League.

Le club soutient également que la décision contient, selon lui, des erreurs importantes de droit, de principe et de fait, et annonce son intention d’utiliser les voies d’appel disponibles. Reuters

Cette réaction signifie que le dossier est loin d’être juridiquement terminé.

Manchester City dispose jusqu’au vendredi 2 octobre 2026 pour déposer son appel. Celui-ci sera examiné par une nouvelle commission composée de trois personnes selon le mécanisme prévu par les règles de la Premier League.

Quelle sanction pour Manchester City ?

C’est désormais la grande question.

Aucune sanction n’a encore été prononcée.

La décision publiée actuellement établit les responsabilités retenues par la commission, mais la question de la sanction doit faire l’objet d’une procédure distincte. Reuters

Les règles de la Premier League permettent différentes formes de sanctions, notamment des amendes, des retraits de points et d’autres sanctions sportives. Dans les cas les plus extrêmes, les règles peuvent également permettre des mesures allant jusqu’à l’exclusion de la compétition. Sky Sports

Mais il serait prématuré d’affirmer que Manchester City sera relégué, qu’il perdra ses titres ou qu’il sera exclu de la Premier League.

Aucune de ces conséquences n’a été décidée à ce stade.

Les titres passés pourraient-ils être concernés ?

C’est l’une des questions qui suscitent le plus de débats dans le football anglais.

Une éventuelle sanction pourrait avoir des conséquences sur certaines compétitions passées, notamment en fonction de la manière dont les autorités choisiraient d’appliquer leurs règles.

Mais la culpabilité actuellement établie ne signifie pas automatiquement que les titres remportés par Manchester City seront retirés.

Cette question devra être examinée séparément à la lumière des règles applicables, des décisions disciplinaires et surtout du résultat de la procédure d’appel.

Il existe également la possibilité que d’autres clubs considèrent avoir subi des pertes sportives ou financières et cherchent, par des voies juridiques distinctes, à obtenir réparation. Sky Sports souligne notamment que d’éventuelles actions pourraient concerner des clubs estimant avoir perdu des places européennes ou des opportunités liées aux compétitions. Sky Sports

Un dossier qui dépasse Manchester City

Au-delà du club anglais, cette affaire pose une question plus large sur l’avenir du football européen.

Depuis plusieurs années, les grandes ligues cherchent à renforcer les mécanismes destinés à contrôler les finances des clubs.

La Premier League elle-même est entrée dans la saison 2026/27 avec un nouveau système financier, qui a remplacé les anciennes règles de Profitability and Sustainability par deux nouveaux mécanismes : le Squad Cost Ratio (SCR) et le Sustainability and Systemic Resilience (SSR). Premier League

L’objectif annoncé par la Premier League est notamment de mieux contrôler les finances des clubs tout en permettant une surveillance plus rapide des éventuelles violations.

L’affaire Manchester City arrive donc à un moment où le football anglais cherche justement à renforcer ses mécanismes de contrôle.

Une bataille judiciaire loin d’être terminée

La décision du 29 septembre représente donc une étape majeure, mais elle ne constitue pas encore le dernier chapitre de cette affaire.

Manchester City va faire appel.

La sanction doit encore être déterminée.

Le résultat de l’appel reste inconnu.

Et les éventuelles conséquences sportives et financières devront être décidées ultérieurement.

La seule certitude, à ce stade, est que la commission indépendante a retenu une grande partie des accusations portées par la Premier League et que les conclusions concernent une période particulièrement importante de l’histoire moderne de Manchester City.

Le club, de son côté, continue de nier les accusations et promet de poursuivre sa bataille devant les instances compétentes. Reuters

Pour les supporters de Manchester City, pour les clubs rivaux et pour la Premier League elle-même, le prochain chapitre sera désormais celui de l’appel et de la sanction.

 

À retenir

114 sur 115 : c’est le nombre de chefs d’accusation généralement rapporté comme ayant été retenus contre Manchester City. Reuters confirme que la commission a retenu les accusations financières graves et trois des quatre accusations relatives à la coopération avec l’enquête. Reuters

2009/10–2017/18 : période principale des violations financières examinées. Premier League

Plus de 900 millions de livres : montant que la commission associe à l’effet des mécanismes destinés à gonfler les revenus et réduire les coûts. Reuters

2 octobre 2026 : date limite annoncée pour l’appel de Manchester City. Sky Sports

Sanction : aucune sanction définitive n’a encore été prononcée.

Fouye Rasin Nou.

 

 

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