Affaire Mackenson Dorilas : un prophète au cœur d’une affaire d’escroquerie présumée et de déclarations contradictoires

 

 

L’arrestation de Mackenson Dorilas continue de susciter de nombreuses réactions en Haïti. Alors que les plaintes s’accumulent pour des faits présumés d’escroquerie liés à une agence de voyages, les déclarations successives de la défense soulèvent de nouvelles interrogations. Entre contradictions, enjeux judiciaires et présomption d’innocence, cette affaire met en lumière les liens complexes entre influence religieuse, activités commerciales et responsabilité pénale.

FOUYE RASIN NOU, jeudi 23 juillet 2026 — L’arrestation de Mackenson Dorilas, le 8 juillet 2026, par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), continue de faire couler beaucoup d’encre en Haïti. Autoproclamé prophète, l’homme d’Église fait face à plusieurs accusations, notamment d’escroquerie, d’abus de confiance et d’association de malfaiteurs, dans une affaire liée à une agence de voyages présumée. Plus d’une trentaine de plaintes ont été déposées en quelques jours seulement au Parquet de Port-au-Prince, pour un préjudice financier estimé à près de 141 000 dollars américains.

Mais au-delà des montants évoqués et des témoignages des plaignants, c’est désormais la cohérence du discours de la défense qui suscite interrogations et scepticisme.

Avant son interpellation, Mackenson Dorilas avait affirmé qu’il s’était limité à faire la promotion d’une agence de voyages dénommée « Fidélitour »appartenant à un pasteur. Cette version le présentait comme un simple intermédiaire agissant de bonne foi, loin d’être le principal responsable d’un éventuel réseau d’escroquerie.

À ce titre, après son arrestation, son avocat a introduit un nouvel élément en déclarant : « Tous les comptes bancaires du nommé Claudy Jean François, propriétaire de FIDELITOUR, sont actuellement bloqués. » Cette affirmation semble vouloir démontrer que les flux financiers seraient liés à un tiers et non directement à Mackenson Dorilas.

Or, cette version paraît en contradiction avec des déclarations antérieures du même avocat. Celui-ci avait précédemment affirmé que Claudy Jean François n’existait pas, allant jusqu’à annoncer son intention de saisir la justice contre toute personne utilisant frauduleusement cette identité. Cette apparente contradiction soulève une interrogation centrale : qui est réellement Claudy Jean François ? S’agit-il d’un pasteur associé, d’une identité fictive ou d’un élément de défense avancé au cours de la procédure ? Il appartiendra à l’enquête judiciaire d’établir les faits.

Ces divergences n’ont pas échappé à l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux comme dans les débats publics, de nombreux citoyens réclament des éclaircissements. « Kisa ki vrèman pase ? », s’interrogent plusieurs internautes, entre scepticisme et exaspération.

Au-delà du cas individuel de Mackenson Dorilas, cette affaire met en lumière les zones d’ombre qui persistent dans les rapports entre leadership religieux, activités économiques et responsabilité pénale en Haïti. Les plaignants, souvent issus de milieux modestes et nourrissant le rêve d’une vie meilleure à l’étranger, affirment avoir été séduits par des promesses de voyages organisés, parfois présentées sous une dimension spirituelle.

Lors de sa deuxième audition, le 22 juillet 2026, Mackenson Dorilas a été aperçu en larmes à sa sortie du cabinet d’instruction. Un moment d’émotion qui contraste avec la gravité des faits qui lui sont reprochés. À ce stade de la procédure, aucune condamnation n’a été prononcée et la présomption d’innocence demeure pleinement applicable. L’enquête se poursuit sous la direction du commissaire du gouvernement, Me Patterson Dorval, qui a lui-même confirmé avoir reçu un nombre important de plaintes.

Cette affaire intervient dans un contexte où la confiance envers certaines figures religieuses est régulièrement fragilisée par des scandales à caractère financier. Elle relance également le débat sur la nécessité d’un meilleur encadrement des activités mêlant pratiques spirituelles et activités commerciales, ainsi que sur le rôle d’une justice indépendante capable de faire toute la lumière sur les faits, sans pression ni influence.

Au-delà de l’émotion suscitée par cette affaire, une question demeure : les contradictions relevées dans les différentes versions de la défense relèvent-elles d’une simple stratégie judiciaire ou traduisent-elles une réalité plus complexe ? Les investigations en cours devront permettre d’y répondre. En attendant, seule la justice est habilitée à établir les responsabilités éventuelles de chacun, dans le respect des droits de toutes les parties.

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