Violences policières dans le Sud-Est : agressé par des policiers, Jimmy Baptiste, dénonce une « tentative d’assassinat »

JIMMY BAPTISTE ki viktim anba men lapolis nan Jakmel.

 

Une affaire mettant en cause des agents de la Police nationale d’Haïti (PNH

) suscite des réactions à Jacmel. Dans la soirée du dimanche 20 septembre 2026, Jimmy Baptiste affirme avoir été violemment agressé par un groupe de policiers cagoulés à l’intérieur du bar Kay-Zot. Le lendemain, il s’est présenté au Parquet de Jacmel, accompagné de ses avocats, pour déposer une plainte formelle. Ces derniers dénoncent les faits comme pouvant relever d’une « tentative d’assassinat ».

 

FOUYE RASIN NOU, 21 septembre 2026_Selon les témoignages recueillis, plus de huit policiers, cagoulés, en civil et lourdement armés, seraient entrés dans l’établissement alors que Jimmy Baptiste s’y trouvait. Aucun mandat ne lui aurait été présenté et aucun motif de l’intervention ne lui aurait été communiqué, selon son récit et celui des personnes présentes. Aucun juge de paix n’aurait également accompagné les agents.

Jimmy Baptiste explique qu’il sortait d’une fête et qu’il se trouvait, comme il le fait habituellement le week-end, au bar Kay-Zot. Il se tenait près de l’entrée et consultait son téléphone lorsque le groupe de policiers est arrivé, aux alentours de minuit.

En voyant les agents entrer, il affirme avoir reculé pour leur laisser le passage. Selon lui, les policiers se seraient alors dirigés vers lui et l’auraient frappé à plusieurs reprises avec leurs matraques.

Jimmy Baptiste affirme avoir reçu des coups d’une telle violence qu’il éprouvait des difficultés à respirer. Il estime que la présence des autres clients dans le bar a empêché que la situation ne prenne une tournure encore plus grave.

L’intervention, telle qu’elle est rapportée, soulève également une question au regard des garanties prévues par la Constitution haïtienne en matière de liberté individuelle. Selon les dispositions constitutionnelles relatives aux arrestations et aux perquisitions, sauf en cas de flagrant délit, certaines mesures coercitives sont soumises à des conditions précises, notamment en matière de mandat et d’horaires.

Dans le cas rapporté à Jacmel, l’intervention ayant eu lieu aux alentours de minuit et aucun mandat n’ayant, selon les témoignages recueillis, été présenté à Jimmy Baptiste, la régularité de l’opération devra être examinée par les autorités judiciaires. La question d’un éventuel flagrant délit devra également être clarifiée.

Helson Royal, ancien vice-délégué de la ville de Jacmel, a vivement dénoncé le comportement du groupe de policiers qu’il accuse d’avoir participé à l’agression. Il a qualifié ces agents de « Bakòp delamò », expression créole pouvant se traduire par « escadron de la mort ».

Il a également déclaré avoir, dans un premier temps, pensé qu’il pouvait s’agir de membres d’un groupe armé, citant notamment le nom d’Izo « 5 secondes », tant l’intervention lui aurait paru inhabituelle à cette heure de la nuit.

Helson Royal a appelé l’État à retirer de l’institution policière, selon ses propres termes, les agents qu’il considère comme des « bandits ». Il a aussi affirmé que certains policiers pourraient avoir intérêt à voir l’insécurité s’aggraver afin de bénéficier de primes de risque plus importantes. Ces propos relèvent de ses déclarations et ne constituent pas, à ce stade, des faits établis.

Après l’incident, Jimmy Baptiste et des proches se seraient d’abord rendus au commissariat de Jacmel afin de déposer une plainte. Selon les informations recueillies, le responsable du poste aurait refusé d’enregistrer la démarche.

Si ce refus est confirmé, il soulèverait des interrogations sur l’accès aux mécanismes de recours lorsqu’une affaire met directement en cause des membres des forces de l’ordre.

Le lundi 21 septembre 2026, Jimmy Baptiste s’est présenté au Parquet de Jacmel, accompagné de Me Witny Succès et de Me Mushi Jean-Baptiste, afin de déposer formellement sa plainte. Les avocats ont notamment présenté un certificat médical délivré par l’hôpital Saint-Michel de Jacmel ainsi qu’une requête.

Les conseils de Jimmy Baptiste considèrent les faits dénoncés comme pouvant relever d’une tentative d’assassinat. Cette qualification correspond à leur appréciation des faits et devra être examinée par les autorités judiciaires compétentes.

Selon Me Witny Succès, le groupe de policiers impliqué dans l’incident circulait dans le secteur depuis environ 19 h ou 20 h à bord d’un véhicule de type « bakòp ».

L’avocat estime que la situation aurait pu être beaucoup plus grave si les personnes présentes dans le bar n’étaient pas intervenues. Il rapporte notamment qu’au moment de l’agression, certaines personnes auraient crié :

« Mezanni, nou pap vinn touyel la non. »

Me Succès affirme également que les policiers auraient principalement utilisé leurs matraques et leurs armes au cours de l’intervention. Selon lui, les coups auraient cessé après l’intervention des clients présents dans l’établissement.

L’avocat soutient que ces éléments pourraient, selon son analyse juridique, constituer un commencement d’exécution dans le cadre de la qualification pénale qu’il entend faire valoir devant la justice.

L’affaire suscite des réactions à Jacmel et soulève des interrogations sur les conditions de l’intervention, le recours à la force et le respect des garanties prévues par la loi.

Une enquête devra notamment déterminer pourquoi les policiers sont intervenus dans l’établissement, dans quel cadre ils agissaient, s’il existait une situation de flagrant délit, quels agents étaient présents et dans quelles circonstances les coups ont été portés. Elle devra également permettre d’établir si la force utilisée était justifiée, nécessaire et proportionnée.

À ce stade, les accusations formulées par Jimmy Baptiste, ses avocats et les témoins doivent être distinguées des faits qui auraient été définitivement établis par une autorité judiciaire.

La version des policiers concernés, celle de leur hiérarchie ainsi que celle du responsable du commissariat de Jacmel restent attendues. Les autorités judiciaires et policières sont appelées à faire toute la lumière sur cette affaire et à établir les éventuelles responsabilités.

FOUYE RASIN NOU(FRN)

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